Timothée Parrique, économiste et figure de proue de la critique du capitalisme vert, l’a martelé lors de ChangeNOW 2026 : les mots que nous utilisons — soutenabilité, économie circulaire, green tech, innovation verte — ne sont que des illusions rassurantes. Une « narration technofixeuse » qui laisse croire que la technologie et l’investissement suffiront à sauver la planète, alors qu’ils ne font que repeindre en vert un système fondamentalement destructeur et lui-même profondément oxydé et s’effritent jusqu’en son cœur.
Le problème ? Notre incapacité à imaginer autre chose. Comme le souligne Parrique, « le monde que l’on voit dépend du langage que l’on utilise ». Nous sommes prisonniers d’un cadre — les finances capitalistiques — qui nous semble le seul possible, simplement parce que c’est le seul que nous connaissons. Pourtant, les alternatives existent. Mais elles dérangent, car elles remettent en cause les intérêts des puissants et brisent l’illusion d’un choix unique.
Comme la globalisation qui ne touche que ceux qui veulent bien s’y soumettre.
La crise n’est pas un accident, mais une conséquence structurelle
Les chiffres sont accablants :
25 % des plus riches consomment 72 % des métaux et sont responsables de 65 % des dégâts environnementaux.
10 % des ménages les plus aisés possèdent 76 % du patrimoine mondial et émettent 50% des gaz à effet de serre.
L’extractivisme traite la nature comme un buffet open bar à gogo, comme si les ressources étaient infinies.
Pourtant, des preuves continuent d’exister et de nouvelles se créent chaque jour, ce qui montrent bien que le changement est possible : Nemonte Nenquimo, dirigeante waorani, a permis à son peuple de protéger 200 000 hectares de forêt amazonienne contre l’exploitation pétrolière. Une victoire qui montre que les mondes alternatifs ne sont pas des utopies, mais des réalités en action.
La décroissance : une désescalade joyeuse et nécessaire
Face à l’absurdité d’un système qui pousse à produire toujours plus, même au prix de notre survie, Parrique propose une réponse radicale : la décroissance. Non pas comme une privation, mais comme une transformation vers une économie stationnaire, solidaire et en harmonie avec la nature.
Les solutions ? Elles sont déjà là :
Coopératives (comme Les Licoornes ou Label Emmaüs)
Permaculture et low-tech
Limitarianisme (fixer des plafonds et des planchers à la richesse)
Nouveaux indicateurs (bien-être, soutenabilité, qualité de vie) pour remplacer le PIB
Pourtant, ces alternatives restent invisibilisées par un système médiatique et économique qui privilégie la tech et le numérique au solidaire et au coopératif.
Le vrai défi : changer de référentiel, pas seulement de paradigme
Parrique le rappelle avec ironie : « Avez-vous vraiment besoin de croissance ? » La question n’est pas est-ce possible ?, mais voulez-vous en parler ? Voulez-vous agir ?
Car changer de paradigme ne suffit pas si l’on conserve les mêmes référentiels : ceux de la course au profit, de l’accaparement des richesses, et de l’illusion d’un système unique. La crise écologique n’est pas un problème d’adaptation, mais une remise en cause des structures mêmes de notre économie.
Et si les mondes créaient les changements ?
Les exemples de Nemonte Nenquimo, des coopératives, ou des initiatives locales montrent que le changement émerge des mondes concrets, pas des discours. Comme le dit Parrique : « Il est possible d’inventer d’autres systèmes. Certains fonctionnent déjà sans croissance. »
La vraie question n’est donc pas comment verdir le capitalisme ?, mais :
Quel monde voulons-nous construire ?
Et surtout : sommes-nous prêts à agir en consequence — de repenser nos référentiels, nos désirs, et nos pouvoirs ?
« Le problème de fond reste celui des choix collectifs : ceux des finalités de la production marche de la demande vs marche de l’offre, de la répartition des richesses, ou plus exactement de les rendre communes à chacun et des limites matérielles du système extractivité vs générations de communs et restitutions de ceux ci en farandole. »
À nous de choisir.
